Après-midi au Musée Saint Raymond…

L’exposition METROPolis, transport souterrain

et archéologie urbaine à Toulouse (1990-2007)

Cette visite, proposée par Francis DABOSI, a regroupé plus de 40 participants, le 6 février 2008. Madame Evelyne UGAGLIA Conservatrice au Musée Saint Raymond et Commissaire de l’exposition, a personnellement pris en charge notre groupe qui put, de ce fait, bénéficier de commentaires particulièrement riches ; elle a ensuite fort aimablement accepté de nous adresser le texte suivant, dont nous la remercions très vivement.

Archiver avant de détruire

L’urbanisation galopante de notre société oblige les villes à adapter leurs modes de transport - Toulouse s’est, notamment, pourvue d’un métro - pour endiguer les flux migratoires quotidiens de leurs habitants.

Tous les percements du sous-sol de la cité éradiquent à jamais les strates accumulées de son histoire et les vestiges qui ne peuvent être conservés in situ. Afin de garder trace de ces parcelles de mémoire, l’État met en place pour les zones à risque archéologique des conventions de fouilles. Ces fouilles archivent - avec photographies, plans des vestiges, prélèvements des objets - ce qui sera détruit. Pour les travaux du métro des conventions furent ainsi passées entre l’aménageur - Tisséo-SMTC - et les archéologues de l’Afan (association pour les fouilles archéologiques nationales), puis de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives, établissement public créé par la loi de 2001).

Les recherches sur le terrain se sont donc déroulées, en amont des travaux de construction, sur les emprises des stations du métro et des puits techniques où des sondages préalables y attestaient des traces laissées par l'homme. Elles n’ont concerné que les couches de terrain proches de la surface actuelle, les strates géologiques traversées par le tunnelier pour le percement du tunnel étant bien en dessous des niveaux archéologiques et ne nécessitaient pas d’être explorées.

Rendre public

L’exposition Métropolis, présentée au musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, aborde en introduction les questions liée à l'évolution de l’archéologie préventive, sa mise en place et ses buts, son cadre juridique, puis les résultats de ces longues et patientes investigations sur le terrain et en laboratoire. Elle synthétise ensuite quelques fragments de l’histoire urbaine de Toulouse ressuscitée, non pas station par station, mais chronologiquement, guidant le visiteur au sein des témoignages d’un quotidien récent jusqu’aux restes du plus ancien passé.

Fruit du travail des archéologues de l’Inrap, cette exposition est mise en œuvre en collaboration avec le Service régional de l'archéologie (Préfecture de la Région Midi-Pyrénées - Direction régionale des affaires culturelles) et en partenariat avec Tisséo-SMTC.

Toulouse avant l’Homme

Si les archéologues nous restituent la prodigieuse aventure des cultures humaines, les paléontologues, eux, nous retracent l’évolution des espèces animales et végétales au cours des temps géologiques.

Parmi les fossiles dégagés par le Muséum d’histoire naturelle de Toulouse certains étaient inédits en région. Il faut citer, dans le quartier de Borderouge, quelques côtes, des vertèbres et une omoplate d’un rhinocéros de grande taille ; la mandibule d’une autre espèce, plus petite et sans corne, et la carapace complète d’une tortue terrestre associée à une écaille de crocodile. À quelques centaines de mètres plus au sud, le puits Arnauné a livré un fragment de la cheville gauche d’un ongulé de la taille d’un tapir d’Amérique, un " cheval-gorille ".

Les chantiers du métro n’ont donc pas exhumé de dinosaures mais les restes osseux de vertébrés qui nous projettent près de 25 millions d’années en arrière, à une époque où le climat de notre région ressemblait à celui de la Malaisie actuelle.

Toulouse moderne du XVIe au XIXe siècle

Esquirol : station de métro, parking, place… passages obligés pour nombre de Toulousains, mais des aménagements récents, au regard de l'histoire, puisqu'ils ne sont nés qu'au XXe siècle. Comment imaginer l’agitation antérieure autour de l’ancienne " halle aux Blés " ? Une mesure en pierre, prêtée par le musée Paul-Dupuy, des photographies, des plans nous restituent l’histoire récente de cette place tandis que céramiques, objets et éléments d’architecture, issus de fosses dépotoirs, nous rappellent la vie autour de ce lieu.

Les vestiges d’une maison située au carrefour des rues Ozenne et du Languedoc ont livré des fragments de vitraux richement colorés du XVIe siècle. L’enquête archivistique a attesté qu’il s’agissait d’un atelier de verrier, nous révélant les noms des maîtres successifs ainsi que l’histoire de la bâtisse.

Toulouse médiévale du XIIe au XVe siècle

Du Moyen Âge, nombre édifices, associés tant au pouvoir temporel que religieux, sont encore visibles de nos jours, tels la basilique Saint-Sernin. Souvent, cependant, il reste un nom, un vocable, associé à un lieu : Saint-Michel, les Carmes... S’ils évoquent un lien avec la religion catholique, les monuments auxquels ils se rattachaient ont disparu depuis au moins deux siècles. La fouille des stations Carmes et Palais-de-Justice les a sortis de l’oubli.

Si la fouille de la station Carmes n'a pas touché à proprement parler le couvent, elle a concerné son extension : ses latrines et l'arc qui supportait la passerelle donnant accès à ce lieu d'aisance depuis le couvent. Il fallait, en effet, traverser la rue Sesquière qui prit alors le nom de rue de l'Arc-des-Carmes, avant de devenir l'actuelle rue de Languedoc. Les vestiges des soubassements de l'arc et ceux des latrines ont été retrouvés. Vidées au XIXe siècle, elles n'ont pas livré le matériel attendu. D'autres, plus petites, ont mis au jour des témoins de la vie quotidienne, vaisselle ordinaire et vaisselle importée, verrerie, accessoires vestimentaires, monnaies d'argent, significatives d'un commerce tant européen que régional, etc.

Sur la place Lafourcade, du cimetière extra-muros de la paroisse de la Dalbade, au centre duquel fut édifiée l’église Saint-Michel, 700 tombes ont pu être fouillées. Archéologues et anthropologues en ont tiré nombre de renseignements sur la population qui vécut dans ce quartier entre les XIIe et XVIe siècles : son état sanitaire, sa durée de vie, ses pratiques funéraires en lien avec l'évolution des mentalités religieuses… Confrontées avec d’autres connaissances, ces données renforcent notre compréhension de l’évolution économique et sociale de Toulouse pour cette période.

Tolosa romaine

C’est à l’époque romaine qu’est dédiée la quatrième section. Tolosa la palladienne - protégée de Pallas-Minerve - se dévoile toujours plus à chaque fouille. Peu à peu, les lacunes de son plan se comblent, l’organisation de ses rues, son réseau d’égouts, dont on voit combien il ressemble au nôtre, sa parure monumentale deviennent perceptibles. La prestance architecturale de Tolosa émerge. Les dernières investigations révèlent des rues, larges et longées de portiques, un monument à la fonction imprécise mais lié à l’usage de l’eau - sanctuaire dédié aux Nymphes ou fontaine monumentale ?

Pour la première fois, deux zones funéraires du Haut Empire, extérieures à la cité, ont été mises au jour : l’une à la station François-Verdier, l’autre à l’ancienne caserne Niel. Ces découvertes précisent notre connaissance des modes funéraires des Tolosates - la crémation sur bûcher et l’inhumation -, leur évolution, les rituels qui les présidaient, les riches offrandes qui accompagnaient les défunts.

Des activités artisanales sont aussi apparues à la station François-Verdier, un atelier de potier, le travail du verre, la métallurgie. Certes des éléments peu spectaculaires - rebuts de cuissons, fragments de blocs de verre brut, limaille de fer – cependant ces indices réaniment toute une population disparue.

Tolôssa, capitale des Tolosates

Les Tolosates, durant les siècles qui ont précédé l’Empire romain, étaient un peuple gaulois appartenant aux Volques Tectosages, le "peuple qui cherche un toit", installé dans la région depuis au moins le IVe siècle avant J.-C. De la Tolôssa gauloise, le site de hauteur, l'oppidum, à Vieille-Toulouse était le mieux connu. Les travaux du métro sous l’actuel quartier Saint-Roch – Saint-Agne nous ont donné une autre vision de cette occupation, en plaine, dans une zone à l’abri des crues du fleuve. Le visiteur de l’exposition se rendra au 2e étage du musée où la présentation renouvelée intègre ces nouvelles connaissances.

Les méthodes de fouille appliquées aux puits – depuis l’extérieur et non de l’intérieur – pour mieux appréhender les processus de leur comblement ont montré que le matériel archéologique qu’ils contenaient résultait bien de dépôts organisés. Leur fonction, cultuelle ou technique, n’en a pas été précisée pour autant.

Les investigations ont aussi révélé une division de l’espace par des fossés, avec des zones aux activités artisanales, des bâtiments dont les planchers disparus étaient isolés par des radiers de fragments d’amphores, le tout en marge d’habitats. Ces apports, sur une superficie d’à peine 1000 m², montrent l’importance de ce secteur très actif entre 150 et 60 avant notre ère. Ils sont fondamentaux pour la connaissance de cette puissante cité, à l’organisation complexe, pour laquelle d’autres fouilles devront lever encore quelques voiles


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